Le noyau linguistique des langues bantoues est situé par les bantouisants dans les hautes terres à la frontière entre le Cameroun et le Nigeria, une région où subsistent aujourd'hui des langues bantoïdes étroitement apparentées aux langues bantoues proprement dites (Bostoen, 2018, Oxford Research Encyclopedia of African History). C'est de cette zone que seraient parties, à partir du IIIe millénaire av. J.-C., les communautés dont descendent linguistiquement les peuples bantouphones actuels du Cameroun côtier et forestier (Bakossi, Bakweri, Ewondo, Bulu, Beti, Duala, Bassa). Grollemund et al. (2015) montrent, par une analyse phylogénétique portant sur environ 400 langues bantoues, que cette dispersion n'a pas suivi une trajectoire aléatoire à travers la forêt équatoriale : les populations ont préférentiellement emprunté des couloirs de savane apparus avec les changements climatiques de la période, évitant l'habitat forestier alors inconnu d'elles, jusqu'à atteindre la région du confluent du Kwa et du Congo (bas-Congo actuel). Cette dernière zone est précisément celle où s'enracinera, des siècles plus tard, la tradition d'origine du royaume Kongo, dont le peuple éponyme (Kongo) est aujourd'hui installé de part et d'autre du fleuve Congo (RDC, Angola, République du Congo, Gabon). Vansina (1995) propose une lecture alternative de ces mêmes données linguistiques : plutôt qu'une 'expansion' portée par un front de population identifiable, il décrit un processus de micro-migrations, de fissions de groupes et d'acculturation progressive de populations autochtones, étalé sur plusieurs millénaires et sans démographie de remplacement. voir les sources
Débat historiographique
Deux lectures s'opposent depuis les années 1990. Le modèle classique (Greenberg, Guthrie, Oliver, années 1950-1960) décrit une expansion démographique rapide portée par l'agriculture et la métallurgie du fer, remplaçant ou absorbant les populations de chasseurs-cueilleurs rencontrées. Vansina (1995, Journal of African History) récuse ce modèle unitaire : il y voit une accumulation de micro-migrations et de dynamiques locales de fission/fusion de groupes, sans preuve d'un remplacement démographique homogène. Grollemund et al. (2015, PNAS) reformulent le débat sur une base phylogénétique : ils confirment l'existence d'un mouvement directionnel depuis le foyer camerouno-nigérian, mais montrent que l'habitat (forêt vs savane) a déterminé la route et le rythme de la dispersion, ce qui nuance sans trancher la controverse sur la nature (front démographique ou diffusion culturelle) du phénomène.
Expansion orientale à travers le corridor savanicole vers les Grands Lacs
1500 av. J.-C. – 500 av. J.-C.
Phase de la migration : bantu-expansion
voir les sourcesDepuis la région du confluent du Kwa et du Congo, Grollemund et al. (2015) montrent que la dispersion bantoue s'est poursuivie vers l'est, sur environ 1 500 km, en suivant la mosaïque forêt-savane qui borde au sud la forêt équatoriale, plutôt qu'en traversant directement le massif forestier. Cette route orientale conduit les populations bantoues jusqu'au grand Rift occidental, à proximité du lac Tanganyika, ouvrant l'accès à la région des Grands Lacs. Bostoen (2018, Oxford Research Encyclopedia of African History) situe l'arrivée de communautés bantoues à l'ouest du lac Victoria vers le Ve siècle av. J.-C., une datation étayée par la diffusion de la céramique Urewe, associée archéologiquement au premier âge du fer bantou oriental et aujourd'hui présente sur les territoires historiques de peuples comme les Haya, les Baganda et les Nyamwezi. voir les sources
Expansion australe des Bantous vers l'Afrique du Sud (KwaZulu-Natal)
200 av. J.-C. – 300
Phase de la migration : bantu-expansion
voir les sourcesDepuis la région des Grands Lacs, la dispersion bantoue se poursuit vers le sud à travers les plateaux d'Afrique centrale et australe. Bostoen (2018, Oxford Research Encyclopedia of African History) situe, sur la base de la reconstruction linguistique et des données du premier âge du fer, l'arrivée de communautés bantouphones dans la région du KwaZulu-Natal (Afrique du Sud actuelle) autour du IIIe siècle apr. J.-C. Cette frange australe de l'expansion correspond aujourd'hui aux territoires historiques de peuples tels que les Shona (plateau du Zimbabwe), les Zoulous et les Xhosas (Afrique australe côtière), dont les langues appartiennent au sous-groupe bantou méridional identifié par la classification de Guthrie. Grollemund et al. (2015, PNAS) rattachent cette branche méridionale au même processus de dispersion guidé par l'habitat qui a façonné les phases antérieures, sans toutefois fournir de datation fine propre à cette frange la plus australe du phénomène. voir les sources
Réseau commercial swahili de l'océan Indien (Mombasa - Zanzibar - Kilwa - Sofala)
100 – 1500
voir les sourcesLe commerce le long de la côte est-africaine est attesté dès le Ier-IIe siècle apr. J.-C. par le Périple de la mer Érythrée, texte grec qui décrit des ports déjà actifs échangeant ivoire, écaille de tortue et autres denrées avec des marchands venus d'Arabie du Sud (LaViolette, 2008, Encyclopedia of Archaeology). Ce commerce se structure ensuite en un réseau de cités-États swahilies -- portées par des populations bantouphones côtières et par une diaspora perse (shirazi) installée après le XIe siècle -- qui atteint son apogée entre les XIIIe et XVe siècles. Kilwa, sur la côte de l'actuelle Tanzanie, en devient le pôle dominant : elle contrôle le commerce de l'or et de l'ivoire en provenance de l'intérieur (via Sofala) et les échange contre l'argent, la porcelaine chinoise et les tissus indiens apportés par les marchands arabes, persans, indiens et chinois qui fréquentent ses ports (UNESCO, liste du patrimoine mondial, Ruines de Kilwa Kisiwani et de Songo Mnara). Ce réseau décline avec l'irruption portugaise dans l'océan Indien à partir de 1498, qui bouleverse durablement les équilibres commerciaux de la côte swahilie. voir les sources